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Le pillage continue

Forrest a empoché 33.755.860 dollars sur le dos de la Sodimico!


Georges Arthur Forrest
 

D’ après les experts, les contrats léonins ont déjà rapporté plusieurs milliards de dollars aux partenaires et avant même l’ exploitation effective. La révélation n’ est pas passée inaperçue puisque l’ article intitulé «Des milliards de boni pour le quatrième pillage» a été retenu pour le prix Lorenzo Natali de la Ce-Dg Développement. Si cette recompense est accordée, la question du pillage minier bénéficiera d’une rande attention internationale.

Le cas désormais classique des 61,3 millions de dollars rapportés par la mine de Kinsevere est loin d’ être isolé. En effet, la prolongation de la période de la Transition a favorisé la signature des contrats les plus importants sur la Miba, la Gécamines, la Sodimico, Kilo Moto etc. A chaque fois, le Pouvoir avait imposé son schéma de la remise gratuite des richesses minérales dans des associations dominées par des partenaires majoritaires à près de 80% du capital. A chaque fois, on a omis de valoriser les importantes ressources minérales non renouvelables qui sont parmi les plus riches au Monde et qui caractérisent le fameux « scandale géologique » congolais. A chaque fois, le bradage avait été transformé en véritable braquage que l’ on a pu dénommer « mine jacking ». A chaque fois, les heureux partenaires-investisseurs s’étaient empressés de spéculer leurs acquisitions en les revendant au prix le plus fort. On peut citer les transactions qui ont impliqué Katanga Mining Limited ( Kinross-Forrest), les entreprises du Groupe Forrest, les sociétés du groupe Anvil Mining Limited, Africo, Rubicon Minerals, Nikanor, DGI, Camec, Adastra Minerals, First Quantum Minerals, Lundin Mining, Phelps Dodge, etc Tous les signataires ont revendu les droits obtenus de l’ Etat en valorisant les réserves minières. Cela leur a rapporté de fortes plus values en argent ou en portefeuille boursier avant même de produire la premier kilo de cuivre ou d’ extraire le premier carat de diamant ou la première once d’or.

Au lendemain de la nationalisation tonitruante de l’ Union Minière en 1967 et derrière l’ écran des 100% du capital revenant à l’ Etat, Mobutu avait conclu des partenariats avec deux consortiums internationaux et dans lesquels les intérêts nationaux étaient minoritaires. Ce furent 20% dans SMTF (Société Minière de Tenke-Fungurume) en 1970 et 15% dans la Sodimiza (Société de Développement Industriel et Minier au Zaïre). Cette dernière, pilotée par des groupes japonais, avait reçu 8 cônes de recherches totalisant 36.790 KM2 et une concession minière de 57,83 KM2 au sud de Lubumbashi le long de la frontière zambienne à Musoshi et Kinsenda. Quoique la Sodimiza ne produisait et n’ exportait que des concentrés de cuivre, cela avait représenté 6 à 10% des exportations nationales. Mais la rentabilité du projet avait été affectée par la guerre civile en Angola et la fermeture du chemin de fer de Lobito. Les produits devaient désormais être évacués par la voie longue et coûteuse d’ Afrique du Sud et passer par la Rhodésie en guerre d’ indépendance. En 1983, les Japonais se retirèrent en remettant toutes les installations et tous les avoirs à l’ Etat, actionnaire minoritaire, en même temps qu’ une forte prime en devises. L’ Etat confia alors la gestion de la Sodimiza à la société canadienne Philip Barrat Kaiser, puis à partir de 1987, à la Gécamines pour finir par nommer des mandataires relevant de la capitale. Les mines furent noyées plusieurs fois, ce qui mena à l’ arrêt de leur exploitation. Malgré cela, le patrimoine Sodimiza comprend toujours les gisements de Musoshi, Kinsenda et Lubembe qui sont des plus riches, car ils totalisent des réserves exploitables de 2.420.000 tonnes de cuivre d’ une teneur de 5,3%. A titre de comparaison, au Chili à Escondida, la plus importante mine de cuivre au Monde, la teneur est de seulement 1%.


En 2003, la Sodimico est entrée en partenariat avec l’Entreprise Générale Malta Forrest avec laquelle elle a créé la société Minière de Musoshi et Kinsenda (MMK) destinée à exploiter les zones minières de Musoshi, Kinsenda et Lubembe. Respectant le schéma de privatisation-bradage, Forrest qui n’ avait rien apporté s’est vu gratifier 80% du capital de MMK avec 20% demeurant à Sodimico. Ce contrat est fréquemment dénoncé par les masses travailleuses. Dernièrement, Henri de Paul Ngouabi, l’administrateur délégué général adjoint de Sodimico a rappelé que la renégociation du contrat de partenariat avait été recommandée par la commission parlementaire Lutundula. Tout récemment, l’ Ong ASADHO a reproché à Forrest de piller MMK. « La MMK est gérée dans une opacité totale par Monsieur Mike Forrest, fils de Monsieur Georges Forrest. Les dirigeants de la SODIMICO et les représentants des travailleurs ne sont pas associés aux différentes décisions. Les installations de la mine de Musoshi telles que le concentrateur et ses pièces; son circuit de traitement et les palans mobiles sont démontées et amenées à une destination inconnue. Il en est de même des transformateurs électriques. Elle s’est aussi appropriée de six magasins de pièces de rechange d’une valeur de trois millions de dollars américains ».Etc

Le véritable pillage avait déjà été consommé à la Bourse. Fort de ses 80% obtenus gratuitement, Forrest alla en revendre 75% à la société Copper Ressources Corporation (code , une offshore des Iles Vierges Britanniques qui est cotée à l’ Alternative Investment Market (AIM) de Londres sous le code "CRC". Le groupe Forrest avait reçu en échange 18.717.734 actions de capital et 1.300.000 stock options. 375.000 autres stock options ont été remises à raison de 125.000 chacun à Messieurs George Arthur Forrest, Michel Anastassiou et George Andrew Forrest. Les trois ont en outre obtenu des fauteuils au conseil d’ administration de CRC. Enfin, 200.000 stock options sont revenues à Sir Sam Jonah à titre de récompense pour avoir mené à bien l’ opération.

CRC nourrit deux autres projets. Le projet « Hinoba-an » sur l’ île Negros aux Philippines pour du cuivre exploitables en carrière et le projet « Haib » de sulfites de cuivre de faible teneur dans le sud de la Namibie. Mais les trois mines congolaises de Musoshi, Kinsenda et Lubembe restent les joyaux de CRC. Copper Resources Corporation finance un programme de dénoyautage de la mine de Kinsenda pour 5 millions de dollars en prévision d’ un production annuelle de 40.000 tonnes de cuivre sous forme de concentrés titrant 45%. En attendant, elle produirait 4.000 tonnes de cuivre à 95% dans le four à arc de Musoshi, alimenté par des achats de produits artisanaux..

Copper Resources Corporation avait annoncé que les échanges des titres MMK et CRC avaient permis à Forrest d’ obtenir 40% du capital de CRC. Actuellement, la capitalisation boursière de CRC s’ élève à 40.563.600 GBP ( livres Sterling), soit exactement 16.225.440 GBP payés à Forrest pour la vente de 75% de MMK. Actuellement, le capital MMK se partage entre Sodimico 20%, Copper Resources 75% et Forrest 5% ( valorisables à 1.081.696 GBP). Les additions des gains de Forrest pour les 80% d’ origine sont de 17.307.136 GBP ou 33.755.860,47 USD (dollars américains). Cette fortune de Forrest a été amassée avant et en dehors de toute production mibnière du partenariat MMK. Cet argent provient directement de la valorisation ( en termes de capital d’ entreprise) des installations et réserves minières de la Sodimico, donc de l’ Etat. Une valorisation que le Pouvoir n’ a jamais voulu prendre en considération dans les contrats mniers. Il reste que cet argent ne revient pas à Forrest, ni à ses amis et associés, mais au peuple congolais.

Toutes les informations rapportées ci-dessus proviennent de communiqués officiels des sociétés, ainsi que des sites Internet bousiers.

(*) Textes précédents de cette série d’articles: 3. L’ art de piller propre: Moïse Katumbi a opéré sous le couvert de Champion, son fils mineur ! par Nestor Kisenga - 2. Voici les preuves des $ 61,3 millions de Moïse Katumbi par Hilaire Kashala 1. Pillage minier au grand jour : Au Katanga, Moïse Katumbi empoche 61,3 millions sur les mines de la Gécamines par Nestor Kisenga

Par Philippe Mutamba

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